Point de gestion Seeyond Multi Asset Août 2022

Publié le 05 Septembre 2022  Produits  
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Période du 12/08/2022 au 26/08/2022

Performance négative des portefeuilles sur la période, les marchés d’actions et de taux ont été pénalisés par les propos de Jerome Powell lors de la réunion économique de Jackson Hole. Son discours justifiant pour un temps une politique monétaire plus restrictive pour lutter contre l'inflation, même si elle devrait avoir un impact négatif sur la croissance, a remis les marchés dans un régime « risk off », prolongeant ainsi  la hausse du dollar US face à l’ensemble des devises internationales. De plus, la BCE devrait aussi agir plus vite que prévu sur sa hausse des taux pour lutter contre une inflation encore trop élevée, plusieurs gouverneurs ont réclamé une prochaine hausse de 75 bps dès septembre.

Les marchés financiers sont impactés par le retour d'une inflation élevée et toujours non maîtrisée d'une part et des perspectives de croissance de plus en plus défavorables d'autre part. Le temps presse pour les banques centrales, qui doivent agir rapidement et de manière décisive tant que les conditions économiques le permettent. À l'échelle mondiale, les tensions sur les prix des matières premières et les chaînes d'approvisionnement alimentent les pressions inflationnistes et le ralentissement économique mondial ainsi qu’une baisse sur les perspectives des résultats des entreprises.

Faits marquants 

Sur le plan macroéconomique, globalement les données américaines continuent de montrer une certaine résilience, car elles ont plutôt surpris positivement. Hausse de la production industrielle en juillet de +0.6% contre un consensus de +0.3%. L’indice « Philly Fed » ressort à 6,2 points en août au lieu de -12,3 en juillet. Les commandes de biens durables ont progressé de 0.3% en juillet sur un mois contre +0.2% attendu. Côté inflation, l’indice PCE a baissé de 0.1% sur un mois en juillet après une hausse de 1.0% en juin. En glissement annuel, l’indice PCE est en hausse de 6.3% contre 6.8% le mois précédent, ce qui reste un niveau encore bien élevé au regard de la Fed. En zone Euro, l’indice ZEW du sentiment économique en Allemagne se dégrade en août à -55,3 points contre -52,7 points attendus. A souligner, l'indice PMI composite de l'activité globale de la zone euro s'est ainsi replié à 49,2, son plus bas niveau depuis 18 mois. Côté inflation, elle ressort à un niveau élevé à +8.9% en juillet en glissement annuel et de +4% hors alimentation et énergie. Au UK, la situation est encore plus critique, l'inflation est ressortie à +10.1% en juillet contre +9.4% en juin, soit au plus haut depuis 40 ans. Ainsi qu’une baisse de la confiance des consommateurs britanniques à son plus bas niveau depuis 1974 en raison de la hausse des prix, l’indice recule de 3 points à -44 en août. En Chine, la PBoC baisse les taux de prêt à 1 an de -10 bps à 2.75% afin de relancer son économie, les données restent fragiles, les ventes au détail ressortent à +2.7% en baisse sur 1 an contre un consensus de +4.9% et de +3.1% précédemment. La production industrielle ressort aussi en baisse à seulement +3.8%.

Sur le plan monétaire, le discours de Jerome Powell, à Jackson Hole, fin août a justement confirmé que la priorité était de combattre l’inflation en poursuivant la hausse des taux et éloigne ainsi l’idée de pivot de la Fed à moyen terme. Le durcissement monétaire devrait se poursuivre tant que l’objectif d’un niveau d’inflation à +2% n’est pas atteint même si les acteurs économiques doivent en subir les conséquences. Au niveau de la zone Euro, la BCE doit faire face à la détérioration des indicateurs économiques dont la hausse des prix à la production. Ainsi, de plus en plus de responsables de la BCE plaident en faveur d’un durcissement monétaire plus prononcé avec une hausse des taux de 75bps au lieu de 50bps en septembre, après les +50bps déjà opérés au mois de juin.

Sur le plan géopolitique, la guerre entre la Russie et l’Ukraine dure depuis plus de 6 mois désormais et un accord de paix ne semble pas être d’actualités pour ces deux pays. Les bombardements russes près de la centrale de Zaporijia auraient pu provoquer un désastre nucléaire. V. Zelensky a affirmé que l’Ukraine se battra jusqu’au bout et qu’aucun compromis sera fait à la Russie. Le conflit persiste entre la Chine et Taiwan puisque la Chine poursuit ses exercices militaires autour de Taiwan. Les Etats-Unis affirment et démontrent leur soutien à l’indépendance de Taiwan, ainsi la Présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, N. Pelosi, s’est rendue à Taiwan et l’armée américaine est entrée en transit dans le détroit de Taiwan.

Sur l’énergie, afin de pouvoir assurer une production d’électricité plus stable à moyen terme, la voie du nucléaire a été reprise par plusieurs pays pour lutter contre les effets de cette guerre. Le Royaume-Uni a confirmé le financement de la centrale nucléaire de Sizewell alors que le Japon souhaite redémarrer plusieurs réacteurs déjà existants et envisage de construire des réacteurs nucléaires de nouvelle génération. L’Allemagne réfléchit quant à elle, à étendre la durée de vie des 3 dernières centrales nucléaires du pays dont la fermeture était initialement prévue cette année. Sur le pétrole, l’Iran pourrait remonter son volume de production dans le cas où un accord nucléaire serait trouvé. La crainte d’une récession économique impliquant un risque de baisse du prix du baril, pourrait pousser l’OPEC+ à réduire ses niveaux de production, après les avoir relevés graduellement pendant plusieurs mois, propos évoqués par le Ministre de l’énergie d’Arabie Saoudite. 

Gestion

Notre positionnement tactique et stratégique prudent dans les portefeuilles nous a toutefois permis de limiter les pertes au cours de la période.

Les changements effectués dans les portefeuilles ont été les suivants :

- Actions : légère baisse du poids des actions américaines sur le SP500 et gestion dynamique de nos positions de couvertures optionnelles sur le SP500 et sur l’EuroStoxx50 ainsi que maintien de celles sur le Nikkei 225. Exposition globale assez proche du niveau précédent.

- Taux : faible diminution de la duration, légère réduction de l'exposition aux obligations européennes (sur les obligations allemandes). Mise en place d’une position d’aplatissement de la courbe allemande sur le 2/10 et maintien de notre position d'inversion de la courbe américaine.

- Devises : vente du long GBP/EUR mais maintien du long JPY/USD.

L’exposition globale aux actions est stable à 15% et 30% sur SMACG et SMADG, et la duration modifiée est en baisse à 1.2 et 2.1 respectivement. L’exposition au dollar US est stable à -2.8% et -5.3%.

Perspectives

A court terme, les tensions sur les marchés devraient se poursuivre avec une succession d'épisodes positifs et négatifs. Sur les marchés obligataires, les rendements souverains devraient rester orientés à la hausse. Aux États-Unis, la FED devrait maintenir la pression sur sa politique monétaire malgré une détérioration de la croissance économique, et le début du resserrement quantitatif ajoutera une pression supplémentaire à la vente sur les bons du Trésor américains. En Europe, la hausse de l'inflation n'est probablement pas terminée. La crise énergétique devrait atteindre son paroxysme au début de l'hiver avec d'éventuelles restrictions. La BCE est contrainte de rattraper le retard pris ces derniers mois et la hausse des taux courts devrait s'accélérer. Sur les marchés actions, les perspectives fondamentales sont orientées à la baisse (lentement aux Etats-Unis, plus nettement en Europe). Les résultats des entreprises seront pour le moins contraints et l'investissement pourrait pâtir de la baisse prévisible des marges tandis que l'emploi s'ajustera moins facilement. Seul le faible positionnement des investisseurs permet, par à-coups, de faire avancer temporairement le marché.

A moyen terme, les investisseurs doivent espérer une action ferme et rapide des banques centrales pour reprendre le contrôle des anticipations. Dans ce cas, une reprise plus durable et solide des marchés pourrait intervenir après une dernière phase de turbulences. Le point bas des marchés actions ne devrait apparaître qu'avec un retournement de dynamique sur le marché du travail américain, signalant que les craintes sur les tensions inflationnistes sous-jacentes se sont estompées. En conséquence, les taux longs pourront se détendre et les investisseurs pourront se projeter sur une future amélioration des fondamentaux. En Europe, il faudra attendre l'arrivée de l'hiver pour mesurer l'ampleur de la crise énergétique et son impact sur l'activité économique. En fonction de la rigueur du climat et de la capacité des pays européens à faire face à la baisse des livraisons de gaz russe, une reprise du marché sera alors possible.

A plus long terme, le changement de paradigme intervenu ces derniers mois restera effectif. Les facteurs de pression inflationniste ne disparaîtront pas (enclenchement de la spirale prix/salaires, prix de l'énergie durablement élevés, démondialisation de l'économie mondiale) et l'activité économique devrait être plus cyclique qu'auparavant. Les banques centrales devront ajuster leurs stratégies plus souvent et plus significativement. Malgré des différences structurelles évidentes, la période des années 1960 et 1970 peut nous aider à comprendre le comportement futur des marchés.

Les performances passées ne permettent pas de présager des performances futures.